l L’essentiel du Traité de la Continuité sublime – Buddha nature

L’essentiel du Traité de la Continuité sublime

par Rngog Loden Sherab

(Introduction – Traduction et illustrations par Tchamé Dawa)

 

Je m’incline devant celui dont les yeux sont dirigés vers le Dharma,

Qui nous a enseigné avec compassion

Ce traité à la profonde signification

Qui est en désaccord avec le monde entier.

 

1. Les cinq traités de Maitreya

Lorsque Maitreya le Victorieux a clarifié sans erreur l’intention des paroles du Sugata, il a présenté le sens véritable du grand véhicule en composant le Traité de la sublime continuité du grand véhicule, qui présente les précieux soutras de sens définitif, la roue de la doctrine irréversible, le mode unique de l’étendue de la réalité1Tib: chos kyi dbyings tshul gcig, et enseigne le propos de tous les textes du Dharma de sens certain et parfaitement purs.

La production des dignes réceptacles de l’excellent Dharma doit être accomplie au moyen de l’exposé de la teneur des soutras de sens provisionnel, par la présentation des deux ornements et des deux analyses, qui introduisent le sens ultime en relation avec le sens conventionnel et la pensée d’autres [systèmes].

2. Présentation de la structure du traité

En premier lieu, il y a dans les trois premières stances une présentation complète du corps du traité. Celles-ci enseignent respectivement l’organisation effective des bases vajra, leur nombre, et leur séquence.

Pour le moment, on ne verra dans l’exposé qui suit que certains aspects de ces bases :

1.1 Organisation effective des bases vajra

Bouddha, dharma et sangha : ultimes, ils apparaîtront dans son propre continuum, et désignés, ils sont apparus dans le continuum des autres, ayant [respectivement] la nature de fruit ou de cause.

L’élément ne possède que la nature de cause, persistante, activée ou inactive.

L’éveil, les qualités et l’activité ont la nature des trois corps; apparus dans le continuum des autres ou à révéler dans son propre continuum, ils ont [respectivement] la nature de cause ou de fruit.

La nature même de ces septs bases a été expliquée dans le Traité de la Continuité Sublime du grand véhicule. Ceci termine la présentation de l’organisation effective des bases vajras.

1.2 Le nombre de bases vajra

Quant à la raison de leur nombre fixé précisément à sept, la voici : plus de sept, cela serait inutile et à moins que cela, [leur présentation] serait incomplète puisque leur relation de causalité, [lorsqu’elles sont sept], est parfaite. Comment [est-elle parfaite] ? Selon [les modalités] du cercle du nirvana sans demeure et du cercle des trois joyaux.

1.2.1 Le cercle du nirvana sans demeure (fig. 1)

1.2.1.2 Fruit

Dans le cas du premier cercle, le fruit est déterminé comme étant triple car il est seulement parachevé par la perfection du bien propre et de celui d’autrui. Puisqu’il est le corps de réalité, l’éveil est le bien propre. Puisqu’elles sont le support de tous les aspects ornementaux des excellences, les qualités sont le corps d’expérience parfaite, le bien de tous les êtres purs. Ce qui est engagé dans tous les activités [au service] des disciples est le corps d’émanation, le bien des êtres impurs.

figure 1.

Ces deux [derniers] corps se complètent [pour] accomplir le bien d’autrui.
Ainsi, par le bien propre, on ne demeure pas dans le samsara et par le bien d’autrui, on ne demeure pas dans le nirvana. C’est pourquoi le nirvana sans demeure est complètement parachevé au moyen de ces [deux] seuls [bienfaits].

Les trois corps ont aussi la nature des cinq sagesses primordiales.

La sagesse primordiale de l’étendue de la réalité correspond au corps de réalité lui-même. Les trois [sagesses] – semblable au miroir, d’égalité et de discrimination individuelle – correspondent au corps d’expérience parfaite, car la première est sa nature et les deux suivantes sont des qualités qui s’appuient sur elle. La sagesse d’accomplissement de l’activité correspond au corps d’émanation.

Ainsi, le fruit est précisément triple.

1.2.1.2 Causes

La cause de l’accomplissement de [ce triple fruit] est double : persistante et associée. La cause persistante est l’élément, la vraie nature sans taches. L’action de [la cause] associée dépend des vivants qui aspirent aux trois facteurs, les trois refuges de nature causale, bouddha, dharma et sangha, car ils sont [respectivement] le maître de la voie, la nature de la voie, et les compagnons qui la suivent2Voir RGVV. 19 qui présente le refuge selon trois objectifs (montrer les qualités du bouddha, de l’enseignement et de la communauté) et six perspectives (trois véhicules et trois types d’activités associées). Par conséquent, puisque il est établit que [le nombre] de causes est précisément [quatre], le nombre [total] de [bases] est fixé à sept.

1.2.1.3 La relation cause-fruit

Par la manifestion individuelle des trois corps, l’éveil est obtenu; par l’exposé fait aux vivants des méthodes qui le rendent manifeste, l’enseignement du dharma est accompli; par le rassemblement des groupes de disciples qui suivent l’enseignement, le sangha est établi.

Puisque les trois joyaux apparaissent dans le monde sur la base de la réalisation individuelle du nirvana sans demeure, les conditions sont établies. Après que l’élément des autres ait été activé, d’autres obtiennent également l’éveil. Les qualités parachevées, ils s’engagent à leur tour pour le bien d’autrui et pareillement d’autres entrent aussi dans [le cercle]. Se déplaçant comme une roue, tel est le cercle [des bases vajras] du nirvana sans demeure.

1.2.2 Le cercle des trois joyaux (Fig. 2)

1.2.2.1 Fruit

figure 2.

Dans le cas du cercle des [trois] joyaux, ceux qui appartiennent à famille du Bouddha et qui ont pour but de [devenir] les maîtres, ceux qui appartiennent à la famille des bouddhas-par-soi et qui ont pour but d’éliminer la souffrance par la réalisation de la production dépendante, et ceux dont la famille est celle des auditeurs, qui suivent les disciples ayant mis un terme à la souffrance en écoutant les mots d’autrui, deviennent le refuge résultant caractéristique [de leur famille]. Il est donc certain que le fruit n’est autre que les trois joyaux. En effet, hormis ceux de ces trois familles, personne ne recherche le fruit supramondain; de plus, personne n’appartient aux trois familles en même temps.

Objection : « Si vous expliquez que les trois joyaux sont le fruit de ceux qui appartiennent à ces trois familles, comment justifiez-vous la spécificité du grand véhicule ? »

Réponse : « Il n’y a pas de difficulté car s’accordant à ceux qui recherchent le fruit des auditeurs et des bouddhas-par soi, les groupes d’adeptes du grand véhicule présentent respectivement les fruits de la communauté sans régression ou du Dharma de réalisation du grand véhicule, qui sont reliés au mode unique du suprême grand véhicule. C’est comme, par exemple, si on donnait un véhicule [pour] éléphant à celui qui désire un véhicule [pour] chèvre, ainsi que le montre le soutra du Lotus blanc de l’excellente doctrine. »

Par conséquent, il n’y a que trois fruits.

1.2.2.2 Causes

La cause d’accomplissement de [ce triple fruit] est double : persistante et associée.

1.2.2.2.1 La cause persistante

La première cause, [la cause persistante], est l’élément. Bien que ses états voilés et non-voilés soient différents, ils ont tous deux pour essence la nature immaculée, puisque la pureté immaculée apparait de la pureté maculée.

Si l’élément n’était pas par nature isolé des souillures, il n’y aurait pas de pureté avec macules. Dans ce cas, il serait souillé en sa nature et la pureté ne pourrait être acquise.

C’est pourquoi [le Commentaire du Traité de la Continuité Sublime du grand véhicule] enseigne :

Si les formes sont choses, si elles ne sont pas des non-choses, le grand véhicule ne peut libérer définitivement du cycle en soumettant le monde des dieux, des hommes et des demi-dieux…3Si les formes étaient réellement existantes, tout serait fixé, resterait en l’état et aucune libération ne serait possible. Autrement dit, si les souillures étaient la véritable nature, existante, de l’élément, la voie consistant à les éliminer serait vaine. C’est le vide d’existence, en tant que dynamique, qui permet la libération du cycle.

Par conséquent, l’élément est l’objet conventionnel d’une négation non affirmative; il est lui-même l’objet à révéler et qui révèle, appelé cause persistante du corps de réalité, l’objet d’une négation sans implication. Il n’est pas vrai qu’il existe en réalité.

1.2.2.2.2 La cause associée

Objection : Comment est-il possible que trois fruits soient issus d’une unique cause persistante ?

Réponse : Par le pouvoir d’une condition active associée, car l’obtention des trois joyaux est issue respectivement de trois conditions : l’éveil, les qualités et l’activité éveillée. Par conséquent, une seule cause et trois conditions étant établies, on observe qu’il y a précisément quatre cause et conditions.

1.2.2.3 La double modalité des causes [et conditions]

Ces quatre cause et conditions, demeurent sous deux aspects : la cause proche relève du continuum unique [d’une personne] et les causes distantes, d’un continuum différent.

1.2.2.3.1 La cause proche

Le continuum de l’esprit qui s’est efforcé à la libération par l’étude préalable de la vue correcte, qui a parfaitement accompli l’accumulation de vertus naturellement acquises du début du sentier de l’accumulation jusqu’à la septième terre des bodhisattvas, et dont la nature est vacuité, est la cause persistante, c’est-à-dire l’élément.

L’éveil, les qualités et l’activité qui sont obtenus selon trois aspects, moindre, moyen et vaste, sur la huitième terre et les [suivantes], sont les facteurs associées. On verra aussi que ces quatre facteurs, [cause] persistante et [conditions] associées, s’agrègent en un seul et unique instant du recueillement semblable au vajra qui résume (termine ?) le sentier
jusque là ininterrompu4C’est le bout du chemin, la réalisation effective des trois joyaux.

Concernant l’obtention de la première cause, puisqu’à partir du moment de la pratique de l’aspiration jusqu’à la septième terre, seul l’élément est réalisé et non pas l’éveil et sa suite, on affirme que l’éveil intervient sur la huitième terre, les qualités sur la neuvième et l’activité sur la dixième. Bien qu’il soit dit que l’élément a été obtenu avant, les quatre s’agrègent à la fin en un seul et unique instant.

1.2.2.3.2 Les causes distantes

Les causes distantes [qui relèvent] d’un continuum différent sont la nature d’un élément qui ne s’est pas encore efforcé sur le chemin de la libération et qui n’a pas fait naître la vue correcte. Elles sont la cause persistante, puisqu’elles sont la base de l’activité mentale correcte individuelle, la cause des trois joyaux.

L’éveil, les qualités et l’activité des tathagatas précédents sont les causes associées puisqu’elles sont le support des mots d’autrui.

1.2.2.3.2.1 Les causes de la vue correcte

Ainsi, l’apparition des trois joyaux dans le monde est issue de l’entraînement à la vue correcte. La vue correcte s’élève en s’appuyant sur deux causes et deux conditions : l’activité mentale correcte individuelle et les mots d’autrui, respectivement.

1.2.2.3.2.2 Les étapes qui précèdent l’acquisition de la vue correcte

Puisque l’activité mentale correcte individuelle apparaît en s’appuyant sur l’élément individuel, elle est la cause de la vue correcte. Ce que l’on nomme « les mots d’autrui », ce sont les paroles excellentes dont la nature est d’instruire. Ceux-ci possèdent trois caractéristiques : il y a (1) ceux qui ont pour objet la connaissance supérieure et expriment le sens profond ; (2) ceux qui ont pour objet les méthodes et expriment le sens de vaste portée ; et (3) ceux qui établissent correctement la relation entre la connaissance supérieure et les méthodes.

Ainsi, dépendants des trois [dernières bases vajra], l’éveil et les autres, ils sont impliqués dans l’enseignement du sens profond au moyen de l’éveil individuel manifeste et profond (1); dans l’enseignement de la connaissance de vaste portée – de toutes choses autant qu’elles sont – au moyen des qualités [du Bouddha], les dix forces et les autres (2), et dans l’enseignement de la capacité à pénétrer correctement le sens profond et de vaste portée par la maîtrise de l’activité éveillée.

Par conséquent, l’éveil, les qualités et l’activité des précédents bouddhas forment la condition qui établit les mots d’autrui. L’élément non activé, en tant que cause, accomplit l’activité mentale correcte dont la nature est celle d’une profonde investigation. De ces deux apparaît la vue correcte et de nature certaine de la réalité.

1.2.2.3.2.3 Les étapes qui suivent l’acquisition de la vue correcte

Après l’apparition [de la vue correcte], par la méditation du sens profond tel qu’il est enseigné et l’accomplissement subséquent dû à la pratique du sens de vaste portée, on s’établit correctement sur la voie du nirvana sans demeure libre des deux extrêmes. Puis, la voie de l’accumulation étant parachevée, on actualise progressivement les dix terres des bodhisattvas, les sentiers de la préparation, de la vision, etc., jusqu’au sentier de la méditation, et l’on obtient ensuite l’omniscience [d’un bouddha].

Dès lors, les supports des mots d’autrui, c’est-à-dire l’éveil, les qualités et l’activité des précédents bouddhas, sont les conditions; et l’élément individuel activé5 le texte du rngog lo rtsā ba blo ldan shes rab kyi gsung chos skor indique « khams ma sad pa » (p.549) alos que dans son édition du même texte, Kazuo Kano indique « khams sad pa » (élément activé). Il justifie cela dans une note: « The «activated dhātu » (khams sad pa) is considered as cause during the ten stages, whereas the « not activated dhātu » (khams ma sad, 5a2) is considered as cause before that ». est la cause.

1.2.2.3.3 Relation entre cause proche et causes distantes

Ainsi, issu de la production de la vue correcte provenant de causes et conditions distantes, l’élément doté des qualités particulières accomplies jusqu’à la septième terre, est la cause. L’éveil, les qualités et l’activité éveillée obtenus par la suite sur la huitième terre et les suivantes, sont les conditions. Tel est [le système] des causes et conditions proches à partir duquel le fruit est obtenu : le suprême joyau du bouddha par l’éveil manifeste à tous les phénomènes en un unique instant ; le suprême joyau du dharma par l’obtention dans un deuxième instant de la grandeur des qualités incomparables, puisque sont alors acquises les branches insurpassables de la roue de l’enseignement ; et le suprême joyau de la communauté, par l’obtention de la capacité à réunir les assemblées, en raison de la maîtrise de l’activité éveillée.

Ainsi, l’obtention des trois corps équivaut à l’obtention de la source des trois rares et sublimes. [Cependant], les trois joyaux ne sont parachevés que plus tard6 C’est à dire qu’il n’apparaissent que plus tard aux disciples, sur le chemin. sur le chemin conventionnel superficiel.

Dans ce cas, on verra que les trois fruits apparaissent en raison de trois conditions associées provenant d’une cause unique et persistante.

C’est pourquoi les trois joyaux résultants, les quatre cause et conditions proches et les quatre cause et conditions distantes, dans leur ensemble, sont l’élément lui-même7C’est-à-dire qu’ils sont de la même nature que l’élément.. Ainsi, le continuum de l’esprit [des êtres] dont la nature est vacuité, c’est l’élément.

1.2.2.4 Les trois états de l’élément

Par ailleurs, du point de vue de la personne unique qui l’accomplit, [l’élément] à trois aspects: l’élément présent, l’élément activé et l’élement parfaitement mûri.

1) La cause distante qui relève du continuum extrêmement pur de son propre esprit et les conditions distantes qui relèvent du continuum extrêmement pur d’autrui – c’est-à-dire l’éveil, les qualités et l’activité – lorsqu’elles demeurent inaccomplies par la personne, sont appelées l’élément présent.

2) Ensuite, la cause et les conditions proches qui relèvent du propre continuum [du pratiquant] sont l’élément activé car elles ont été spécifiquement mûries par celui-ci.

3) Ensuite, l’obtention du fruit, de la source des trois rares et sublimes, est l’élément parfaitement mûri qui relève de son propre continuum dont la nature est l’extrême pureté.

1.2.2.5 Conclusion sur le cercle des trois joyaux

De même, dans ce cas8« De même » fait référence à la justification du nombre de bases vajra dans le cas du cercle du nirvana sans demeure., par la seule énumération des objets pour lesquels s’efforcent les détenteurs des trois familles [de pratiquants], les trois joyaux résultants; de la cause persistante, l’élément; et des trois causes et conditions associées, l’éveil, les qualités et l’activité, issus des connexions du cercle des trois joyaux et dont le nombre de causes et de conditions est seulement fixé à sept, on établit que rien ne manque dans la perspective [de l’accomplissement] du bien des êtres et que ce nombre est définitif.

1.2.3 La séquence des bases vajra

Concernant la séquence [des bases vajra], l’ordre des trois joyaux est enseigné conformément à l’ordre de leur apparition. Puisque la cause qui posséde les facteurs associés se trouve dans la communauté, l’élément vient après le sangha. Puisque l’éveil est le fruit qui provient de cette cause persistante, l’éveil est enseigné ensuite; puisqu’il est le support des qualités, celles-ci sont enseignées ensuite; puisque les qualités accomplissent l’activité éveillée appropriée, l’activité est enseignée ensuite.
La stance9RGV. 5 qui expose la séquence [des bases vajra] clarifie la perspective du cercle du nirvana sans demeure.
L’exposé du chapitre d’introduction [du Soutra du roi Dharanishvara] clarifie la perspective du cercle des trois joyaux qui présente les causes et les conditions du point de vue d’un unique continuum10C’est-à-dire du point de vue de la cause proche.
L’explication alternative11RGV. 25 des causes et des conditions clarifie la perspective du cercle des trois joyaux du point de vue des causes et des conditions établies dans un continuum différent12Du point de vue des causes et conditions distantes.